Par Evans PAUL
Du 29 mars 1987 au 29 mars 2026, la Constitution haïtienne totalise 39 années d’existence.
Dans l’histoire constitutionnelle d’Haïti, marquée par une succession de 22 constitutions en 222 ans d’indépendance, elle demeure, malgré ses limites et ses imperfections, le texte fondamental ayant connu la plus grande longévité.
Ce constat est à la fois significatif et complexe.
Il traduit une aspiration profonde à la stabilité institutionnelle, mais révèle également une contradiction majeure : l’incapacité à engager les ajustements nécessaires à la bonne marche du pays, confronté à une crise chronique, souvent aiguë, de gouvernance.
Une Constitution entre avancées et contradictions
La Constitution de 1987 a été conçue dans un contexte de rupture avec la dictature.
Elle incarne des principes essentiels :
• La garantie des libertés publiques,
• La volonté de limiter les dérives autoritaires,
• La promotion du pluralisme politique,
• La reconnaissance des droits fondamentaux.
Cependant, elle comporte aussi des failles structurelles, des ambiguïtés et certaines dispositions inadaptées, qui ont contribué à :
• des blocages institutionnels,
• des conflits de compétences,
• une gouvernance souvent inefficace,
• une incohérence persistante et des défaillances de l’État.
Un paradoxe historique révélateur
Malgré ses imperfections, cette Constitution reste la plus durable de notre histoire.
Ce paradoxe s’explique en partie par une crise sociétale profonde, qui appelle une réflexion lucide et responsable.
Car, en réalité, ce n’est pas uniquement la qualité d’un texte qui garantit sa pérennité, mais bien la capacité d’une nation à organiser sa gouvernance, à respecter ses règles et à faire évoluer ses institutions avec intelligence, dans un objectif de sécurité, de stabilité et de prospérité.
LE TEMPS DE GARANTIR LA STABILITÉ
Après près de quatre décennies, l’enjeu fondamental n’est plus de multiplier les ruptures, mais de construire et garantir la stabilité.
Garantir la stabilité, c’est :
• Respecter les règles du jeu démocratique,
• Renforcer les institutions plutôt que les fragiliser,
• Corriger les insuffisances par des mécanismes légaux, cohérents et consensuels,
• Promouvoir une culture de responsabilité, de continuité de l’État et de service public,
• Orienter l’action publique vers le progrès national et l’amélioration des conditions de vie de la population.
La Constitution ne doit pas être une source de crise permanente, mais le socle d’une organisation rationnelle, efficace et durable de la vie nationale.
SYNTHÈSE
À 39 ans, la Constitution de 1987 n’est ni parfaite, ni obsolète par essence.
Elle demeure la base légale de la gouvernance du pays, un cadre institutionnel et un héritage à améliorer avec lucidité et responsabilité.
Le véritable enjeu réside dans notre capacité collective à en faire un instrument de stabilité, de gouvernance efficace et de progrès national.
En 2026, le temps est venu de passer de la contestation permanente à la construction responsable.
CENTRE ABC
ATIZAN BON CHANJMAN
Delmas, Haïti
Dimanche 29 mars 2026