Sans céder à la culture du complotisme, il est néanmoins légitime de s’interroger lorsque plusieurs événements semblent converger et nourrir un sentiment d’injustice ou de discrimination à l’égard d’Haïti.
La décision de la FIFA d’exiger le retrait de l’image de Vertières du maillot des Grenadiers, au motif qu’elle constituerait un message politique, a profondément choqué de nombreux Haïtiens. Pourtant, loin d’être un symbole partisan, Vertières représente avant tout un héritage historique universel de liberté, de dignité et de résistance contre l’oppression.
À cela s’ajoutent les controverses entourant certaines décisions arbitrales jugées défavorables à Haïti lors du match l’opposant à l’Écosse, disputé dans le cadre de la Coupe du monde 2026, dans le New Jersey, aux États-Unis, le samedi 13 juin 2026.
Même si les erreurs d’arbitrage font partie de l’histoire du football et ne suffisent pas, à elles seules, à établir une volonté délibérée de nuire à Haïti, elles peuvent néanmoins, lorsqu’elles s’ajoutent à des faits répétés et à certaines déclarations ou insultes proférées par des personnalités influentes à l’encontre du pays, renforcer un sentiment de frustration lorsque les décisions paraissent systématiquement défavorables.
L’histoire d’Haïti explique également cette sensibilité. Les États-Unis n’ont reconnu l’indépendance du pays qu’en 1862, près de six décennies après sa proclamation en 1804. La France, de son côté, a imposé à la jeune République une lourde indemnité en contrepartie de cette reconnaissance, faisant peser sur la nation un fardeau économique considérable pendant plusieurs générations.
De même, malgré l’inspiration qu’Haïti a apportée aux mouvements de libération du continent et malgré les soutiens apportés par Jean-Jacques Dessalines à Francisco de Miranda et par Alexandre Pétion à Simón Bolívar, le pays s’est longtemps senti relégué dans la mémoire diplomatique internationale.
Son exclusion du Congrès panaméricain de Panama en 1826, alors même que son apport à la lutte pour l’émancipation des peuples latino-américains était incontestable, demeure à cet égard un épisode particulièrement révélateur.
Ces réalités cumulées nourrissent naturellement une mémoire collective profondément marquée par les blessures de l’histoire. Elles conduisent de nombreux citoyens et citoyennes d’Haïti à éprouver une certaine méfiance face à des décisions internationales susceptibles d’affecter les symboles, la dignité ou les intérêts fondamentaux de la nation.
Une suspicion ne constitue jamais une preuve. Il importe toutefois de considérer l’accumulation des faits historiques et contemporains afin de développer une réflexion sérieuse et un argumentaire solide en faveur de la défense de l’honneur, de la mémoire et des intérêts supérieurs d’Haïti.
Le véritable défi consiste à préserver avec constance la mémoire de Vertières, à protéger la dignité nationale et à exiger le respect dû à Haïti, tout en demeurant fidèle à la rigueur de l’analyse, à l’objectivité des faits et au sens de la mesure.
En définitive, entre suspicion et frustration, il existe une voie responsable : celle de la vigilance, de l’abnégation patriotique, de la recherche de la vérité historique et de la lucidité citoyenne.
C’est par cette voie qu’Haïti pourra continuer à défendre sa souveraineté morale et rappeler au monde qu’elle a conquis sa liberté par ses propres forces, ouvrant ainsi l’un des chapitres les plus marquants de l’histoire universelle.
Evans PAUL
Ancien Premier ministre