Conférence de l’ancien ambassadeur Guy Lamothe pour les 195 ans de relations diplomatiques Haiti-Mexique

Nous publions in extenso la conférence prononcée par l’ancien ambassadeur d’Haïti au Mexique, Guy Lamothe, le mardi 16 décembre 2025, à  l’occasion de la célébration, à Port-au-Prince, du 195e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre Haïti et le Mexique.

L’ambassadeur du Mexique en Haiti, José de Jesús Cisneros Chávez et l’ancien ambassadeur d’Haiti au Mexique, Guy Lamothe

Excellences,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Distingués Représentants des Organisations Internationales,
Chers universitaires, chers étudiants,
Mesdames et Messieurs,

“Haití–México: Passé, Présent et Futur d’une Relation  Fraternelle et Durable 1830-2025”

C’est un immense honneur de prendre la parole aujourd’hui pour célébrer 195 années de relations diplomatiques entre la République d’Haïti et les États-Unis du Mexique.

Deux nations qui, bien avant d’échanger des traités, partageaient déjà un même souffle :
celui de la liberté, de la dignité humaine, de la solidarité entre peuples.

Nous commémorons aujourd’hui non  seulement une date, mais une relation vivante,
fondée sur l’histoire, et nourrie par la conviction que la coopération est toujours plus forte que l’isolement.

Permettez-moi, puisque nous sommes dans un cadre académique et diplomatique, de structurer mon propos en trois temps :

  1. D’abord, un regard sur le passé qui nous lie : solidarité, lutte, humanisme.
  2. Ensuite, un examen de notre présent exigeant, mais riche de possibilités.
  3. Enfin, une réflexion sur l’avenir à construire ensemble : la connaissance et la coopération, dans le cadre d’un multilatéralisme renouvelé.

I. Un passé qui nous lie : solidarité, lutte, humanisme

Lorsque Haïti, première République indépendante issue d’une révolte servile victorieuse, proclama sa liberté au monde, son message traversa les continents.
Il inspira, inquiéta parfois, mais surtout éveilla les consciences.

Le Mexique fut l’un des pays qui comprit très tôt ce que représentait Haïti :
un symbole de dignité, un phare pour les peuples cherchant à s’affranchir de la domination.

Au cours du XIXᵉ siècle, nos deux pays connurent des combats parallèles :

  • la quête de souveraineté,
  • l’affirmation républicaine,
  • la défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Et si nos géographies sont différentes, nos destins ont souvent vibré à la même fréquence :
celle des nations qui, malgré les obstacles, refusent la résignation.

Mais je voudrais insister sur un point qui est essentiel pour comprendre la profondeur de notre relation :
les liens entre Haïti et le Mexique se sont forgés dans la chair de l’exil, dans la réalité des vies déplacées, dans l’intensité du savoir partagé.

1. L’exil comme pont intellectuel

Au XXᵉ siècle, alors que notre pays traversait dictatures et crises politiques,
le Mexique est devenu terre d’asile pour plusieurs générations d’Haïtiens.

Parmi eux, des intellectuels majeurs :

  • Gérard Pierre-Charles, économiste, militant, homme d’État,
  • Suzy Castor, historienne, chercheuse, militante,
  • Michel Hector, Jean Casimir, historien des luttes sociales et des mouvements populaires,
  • et bien d’autres encore, moins célèbres dans les médias, mais tout aussi décisifs dans les salles de cours, les centres de recherche, les espaces militants.

Ils n’ont pas seulement trouvé refuge au Mexique.
Ils y ont enseigné,
ils y ont écrit,
ils y ont formé des générations d’étudiants mexicains.

Leurs cours, leurs séminaires, leurs livres ont façonné la pensée critique de ce pays.
Et d’une certaine façon, ils ont fait du Mexique un prolongement de l’université haïtienne, loin de Port-au-Prince.

Dans cette histoire de circulation des savoirs, les professeurs et institutions mexicaines ont également profondément marqué la formation des intellectuels haïtiens. Héritiers d’une tradition académique façonnée par les idéaux de la Révolution mexicaine, ils ont accueilli les étudiants haïtiens dans des amphithéâtres où résonnaient les grands débats latino-américains. Là, sous la lumière des bibliothèques et dans la densité des séminaires, les exilés haïtiens ont trouvé non seulement un cadre institutionnel solide — programmes d’échanges, encadrement scientifique, chaires spécialisées — mais aussi une manière singulière et sensible d’interroger le monde. Cette rencontre, à la fois historique, littéraire et académique, a contribué à forger une pensée haïtienne renouvelée, attentive aux luttes du continent, et façonnée autant par l’accueil mexicain que par l’héritage intellectuel emporté depuis Port-au-Prince.

Ainsi, la relation haïtiano-mexicaine ne se réduit pas à un échange d’ambassades :
elle est passée par des salles de classe, des amphithéâtres, des bibliothèques, des thèses soutenues en espagnol par des Haïtiens exilés.

2. Le coup d’État de 1990 et les nouvelles vagues

Après le coup d’État militaire du début des années 1990, une nouvelle vague d’Haïtiennes et d’Haïtiens ,militants, journalistes, enseignants, étudiants, a de nouveau pris le chemin de l’exil.

Une fois encore, le Mexique a ouvert ses portes,
dans la continuité de sa grande tradition d’accueil des exilés politiques latino-américains.

Cette continuité n’est pas un hasard.
Elle s’enracine dans une doctrine profonde de la politique étrangère mexicaine :
le respect de l’autodétermination des peuples et de la non-ingérence.
J’y reviendrai plus longuement dans un instant, car cette doctrine est au cœur de notre relation.

3. Le séisme de 2010 : douleur et solidarité

Puis, en janvier 2010, notre pays a été frappé par un séisme dévastateur.
Haïti a vécu l’une des pires catastrophes de son histoire contemporaine.

Là encore, le Mexique a été présent :

  • par l’envoi d’équipes de secours,
  • par des brigades médicales,
  • par le soutien immédiat aux opérations de sauvetage,
  • mais aussi, et cela est décisif, par l’ouverture de nouvelles bourses de formation,
    par la possibilité offerte à des jeunes Haïtiens d’étudier au Mexique.

Ce passé commun, fait de douleurs partagées et de solidarités concrètes, nous oblige.
Il nous oblige à être à la hauteur de cette histoire.

Avant d’avancer, permettez-moi de rappeler un élément historique essentiel, qui concerne autant la mémoire que la vérité diplomatique. Pendant longtemps, nous avons cru et moi-même j’y ai activement participé  que les relations haïtiano-mexicaines prenaient leur source dans une commémoration plus récente. En 2015, j’ai eu l’honneur d’organiser et de  participer à ce que nous pensions être le 85ᵉ anniversaire de nos relations. Nous célébrions alors avec sincérité, mais aussi avec une part d’ignorance, car l’histoire nous réservait encore une vérité plus vaste, plus ancienne, plus profonde.

Car en réalité, ce n’est pas dans les années 1930 que tout a commencé.
C’est bien plus tôt.
C’est au début du XIXᵉ siècle, lorsque le président haïtien Jean-Pierre Boyer engagea un dialogue officiel avec le pouvoir exécutif de l’époque: c’etait un triumvirat Pedro vez y Zuniga, Luis Quintanar et Lucas Alaman  puis Anastasio BUSTAMENTE quelques années seulement après l’indépendance d’Haïti.

Nous venons tous de le constater et l’histoire l’impose avec force :
nos deux pays sont liés depuis près de deux siècles, bien plus longtemps que ce que l’usage diplomatique contemporain nous laissait croire.

Et ceci, Mesdames et Messieurs, nous oblige :
cela nous oblige à ne pas traiter ces 195 ans comme une simple page tournée,
comme une célébration protocolaire,
ou comme un détail administratif de plus dans les archives de nos deux chancelleries.

Non : la vérité historique rétablie nous impose un mandat.
Un mandat pour l’avenir, un mandat de responsabilité, un mandat de coopération renouvelée.

Nos deux pays se sont trompés, oui  mais ils se sont trompés ensemble, et ils redécouvrent aujourd’hui, ensemble, l’ancienneté, la profondeur et la noblesse de leur lien.
Et c’est précisément cette redécouverte qui fait de notre rencontre non pas une simple cérémonie, mais un tournant diplomatique, VOIRE une invitation à reprendre l’histoire là où nos prédécesseurs l’avaient réellement commencée.


II. Un présent exigeant, mais riche de possibilités

Aujourd’hui, Haïti et le Mexique évoluent dans un monde profondément transformé :
un monde traversé par des tensions géopolitiques, des fractures économiques, des défis migratoires, climatiques, technologiques.

Ces défis pourraient nous éloigner.
Ils pourraient nourrir la méfiance, la fragmentation, l’indifférence.

Mais je ne crois pas à cette vision d’un monde condamné aux blocs et aux affrontements.
Je crois, au contraire, que le Mexique et Haïti ont tout à gagner à renforcer leurs liens.

1. Migration : humanité, intégration, responsabilité partagée

À côté des grandes figures de l’exil politique et des universitaires,
on voit aujourd’hui une nouvelle migration haïtienne vers le Mexique.

Cette migration s’enracine dans plusieurs causes :

  • les conséquences prolongées du séisme de 2010,
  • l’instabilité politique,
  • la crise économique,
  • la recherche d’un avenir plus stable et plus digne.

Des hommes, des femmes, des familles ont traversé des routes extrêmement dangereuses pour parvenir a la terre de BENITO JUAREZ.
Pour certains, le Mexique est devenu un pays de passage.
Pour beaucoup, il est devenu un pays de destination, de travail, d’intégration.

Pendant la période où l’ambassadeur Guy Lamothe était en poste à Mexico, cette réalité humaine s’est traduite par des actions très concrètes :

  • mise en place de programmes d’intégration pour les migrants haïtiens qui avaienr choisi de laisser le Bresil, le Chili, l’Equateur
  • facilitation administrative avec les autorités mexicaines,
  • création d’espaces d’apprentissage linguistique et de formation professionnelle,
  • dialogue constant avec les collectivités locales pour mieux accueillir cette nouvelle communauté.

Permettez-moi d’être très clair :
la migration n’est pas un problème en soi.
Elle est un fait humain.
Elle devient un problème lorsque nous renonçons à la gérer avec humanité, avec intelligence, avec coopération.

La manière dont le Mexique accueille et intègre les Haïtiens sur son sol est une preuve de maturité politique, et un levier de rapprochement durable entre nos sociétés.

2. Coopération économique : Accord de protection et de promoyion reciproque des investissements (APPRI) et co-développement.

Dans ce présent exigeant, il y a aussi des avancées structurantes.

La signature  de l’Accord de Promotion et de Protection Réciproques des Investissements (APPRI) a marqué un tournant majeur.

Cet accord :

  • rassure les investisseurs mexicains et haïtiens,
  • crée un climat de confiance juridique,
  • ouvre la voie à une industrialisation partagée,
  • fait d’Haïti une plateforme caribéenne potentielle pour les entreprises mexicaines,
  • et inscrit nos deux économies dans une logique de co-développement, et non de dépendance.

Le Mexique, puissance industrielle et agricole, et Haïti, nation créative et dynamique, peuvent bâtir ensemble des projets communs dans :

  • l’agro-transformation,
  • les énergies renouvelables,
  • l’économie bleue,
  • la formation professionnelle,
  • l’innovation technologique adaptée à nos réalités.

Il ne s’agit pas seulement d’échanger des produits.
Il s’agit de partager des chaînes de valeur,
de faire en sorte que chaque projet crée des emplois et de la dignité de part et d’autre.

Accord vite ratifié par le senat mexicain mais non encore sanctionne par le parlement haitien…Souhaitons que nos prochains y penseront.

3. Bourses d’études  et formation : investir dans la jeunesse

Les 300 bourses d’études obtenues auprès du Mexique au bénéfice de jeunes Haïtiens sont loin d’être un détail.

Elles représentent :

  • 300 destins individuels,
  • 300 familles qui voient l’avenir différemment,
  • 300 futures compétences, dans tous les domaines : ingénierie, santé, sciences sociales, arts, gestion.

Quand un pays investit à ce point dans la formation de la jeunesse d’un autre pays, il ne fait pas un geste de charité :
il fait un acte profondément politique.
Il investit dans la stabilité, dans la paix, dans la dignité.

Ce choix politique s’est clairement manifesté en 2012, lorsque le président Felipe Calderón décida d’inscrire Haïti au cœur de son agenda, en faisant de sa visite officielle un moment fondateur pour la coopération bilatérale. C’est dans ce contexte que, suite à une proposition conjointe de ma part au CFI et de Rody Jean au Cabinet du président haïtien, fut élaboré un projet ambitieux : offrir des bourses d’études à de jeunes Haïtiens tout en ouvrant la voie à une dynamique de promotion de l’investissement. Ce programme, porté simultanément par les deux gouvernements, traduisait la conviction que l’éducation et l’économie ne sont pas des secteurs isolés mais les deux piliers d’un partenariat durable. Ainsi, l’initiative ne relevait ni du geste ponctuel ni du symbole diplomatique : elle constituait une stratégie partagée pour préparer l’avenir des deux nations.

4. Coopération militaire et sécurité humaine

Un autre volet, souvent moins connu mais tout aussi important, est la coopération militaire.

Entre 2018 et 2019, Haïti et le Mexique ont signé le premier accord de coopération en matière de défense et de formation militaire entre nos deux pays.

Cet accord a permis :

  • la formation de sous-officiers haïtiens dans des écoles militaires mexicaines,
  • la venue d’instructeurs mexicains en Haïti,
  • le développement de formations spécialisées : usage des nouvelles technologies, protection civile, gestion des risques, lutte contre les menaces transnationales.

Je tiens à le souligner :
il ne s’agit pas de militariser la vie publique en Haïti.
Il s’agit de professionnaliser, de moderniser, de protéger.

Nos deux pays sont exposés aux catastrophes naturelles, aux vulnérabilités sociales, aux trafics transnationaux et aux gangs.
Mettre en réseau les forces armées, les services de protection civile, les universités,
c’est préparer un avenir où nos populations seront mieux protégées et plus résilientes.

Cette coopération, Mesdames et Messieurs, n’est pas née du hasard ni des circonstances. Elle puise son origine dans un geste politique réfléchi : l’appel du ministre haïtien de la Défense de l’époque, Hervé Denis, qui m’avait confié la mission d’explorer, au plus haut niveau, les possibilités d’un partenariat militaire avec le Mexique.

C’est dans cet esprit que fut organisée une rencontre clé avec le secrétaire mexicain de la Défense, le général Salvador Cienfuegos. Je souhaite le souligner ici : ce fut un moment décisif. Le général Cienfuegos, homme de terrain et de vision, comprit immédiatement la portée stratégique de la démarche haïtienne. Sensible aux défis sécuritaires, institutionnels et territoriaux auxquels notre pays était confronté, il accueillit notre requête non comme une demande d’assistance ponctuelle, mais comme une invitation à bâtir un partenariat sérieux, durable, structuré.

De cette convergence d’intentions est née une volonté politique commune. Et c’est ainsi qu’en 2018, grâce à cette dynamique, un premier accord historique fut signé par le ministre Enold Joseph. Ce texte, Mesdames et Messieurs, marque l’entrée d’Haïti et du Mexique dans une coopération militaire jamais expérimentée auparavant entre nos deux nations.

Depuis lors, cette coopération n’a cessé de produire des résultats concrets. Nos sous-officiers sont formés dans des écoles militaires mexicaines reconnues pour leur discipline et leur excellence. Des instructeurs mexicains viennent en Haïti transmettre leur expertise, renforcer nos capacités nationales, moderniser nos approches. Plusieurs promotions de notre jeune armée bénéficient aujourd’hui d’un encadrement rigoureux, comparable à celui offert aux forces armées les plus performantes de la région.

Ce que nous construisons ensemble, ce ne sont pas des forces militarisées ni des dispositifs de domination. Ce que nous construisons, c’est une capacité collective : celle de protéger nos populations, de répondre aux catastrophes naturelles, de lutter contre les trafics transnationaux, de défendre la souveraineté de nos territoires.

Cette coopération, Mesdames et Messieurs, reflète une conviction que nous partageons : une armée moderne n’est pas un instrument de peur, mais un instrument de stabilité ; non pas un outil de coercition, mais un pilier de résilience nationale. Et c’est cette vision, profondément politique et profondément humaine, qui continue aujourd’hui d’inspirer notre partenariat avec le Mexique.

Cependant ce travail ne pourrait etre attribué a un seul homme. Mes remerciements s’adressent au personnel de l’ambassade d’Haiti au Mexique et particulierement le ministre Conseiller Garvey Jn Pierre et le conseiller Jean Claude Lappé actuel Directeur des Affaires Politiques de la Chancellerie qui est avec nous aujourd’hui…

IV. La doctrine mexicaine : autodétermination, souveraineté, multilatéralisme

À ce stade de mon propos, je voudrais prendre un moment pour analyser ce qui rend la position du Mexique si singulière, non seulement envers Haïti, mais dans le concert des nations.

Il s’agit de sa doctrine de politique étrangère, fondée sur :

  • le respect absolu de l’autodétermination des peuples,
  • la non-ingérence,
  • la primauté du droit international et du multilatéralisme.

Cette doctrine, héritée de l’histoire mexicaine ( on pense à Benito Juárez)  n’est pas un slogan. C’est une ligne de conduite constante, qui a guidé les gestes concrets du Mexique envers Haïti dans les moments les plus sensibles de notre histoire.

Lorsque des Haïtiens, chassés par la dictature ou par les coups d’État, ont trouvé refuge au Mexique,
celui-ci ne s’est pas contenté de les accueillir.
Il a reconnu en eux des citoyens porteurs d’une dignité inaliénable,
et a considéré que la démocratie haïtienne devait être reconstruite par les Haïtiens eux-mêmes, sans tutelle étrangère.

Lorsque le séisme de 2010 a dévasté Haïti,
le Mexique fut présent pour sauver, pour soigner, pour reconstruire,
mais jamais pour imposer.

Car sa conviction est simple et forte :

La solidarité n’autorise pas la domination ;
l’aide n’autorise pas la substitution.

Et dans les instances internationales, qu’il s’agisse de l’Organisation des États Américains ou des Nations Unies,
le Mexique a constamment rappelé que :

  • Haïti n’est pas un espace géopolitique vide,
  • Haïti n’est pas un objet d’ingénierie internationale,
  • Haïti est un peuple souverain,
  • et la seule intervention légitime est celle qui renforce ses capacités propres, ses institutions, sa volonté.

C’est cette cohérence, cette constance,
qui fait du Mexique un leader régional respecté et un acteur mondial avant-gardiste du multilatéralisme.

Dans un monde où la tentation de la force, de la pression ou du rapport de domination ressurgit, le Mexique rappelle, souvent avec courage, que :

  • la paix durable se bâtit sur le respect des peuples,
  • et que le droit international est plus fort que le droit du plus fort.

Pour Haïti, ce positionnement n’a jamais été abstrait.
Il a été :

  • une protection diplomatique,
  • un soutien politique,
  • une boussole morale,

dans les heures où notre souveraineté est menacée, discutée ou méprisée.

À travers ces décennies, le Mexique  démontre que l’amitié entre nos nations
n’est pas une amitié de circonstance,
mais une amitié de principes.

V. Un avenir à construire ensemble : la connaissance, la jeunesse, la coopération

Revenons maintenant à la perspective que j’ai évoquée au début :
un avenir à construire ensemble.

Si nous voulons préparer les prochaines décennies de partenariat, nous devons partir d’un principe simple :

Les peuples ne se comprennent vraiment qu’en se connaissant intimement ;
et l’avenir ne se construit que par l’éducation, l’échange et la circulation des idées.

C’est pourquoi je vois au moins cinq grands axes d’avenir commun.

1. Plus d’échanges universitaires et scientifiques

Que davantage d’étudiants haïtiens viennent apprendre, créer, inventer au Mexique.
Et que plus d’étudiants mexicains découvrent Haïti,
sa langue, sa littérature, ses arts,
mais aussi ses laboratoires d’innovation sociale, ses universités, ses centres de recherche.

Nous devons :

  • multiplier les programmes de bourses croisés,
  • encourager les cotutelles de thèse,
  • soutenir des projets de recherche communs en histoire, en sciences sociales, en santé, en ingénierie, en climat, en intelligence artificielle, en cybersecurité
  • renforcer les réseaux d’anciens étudiants haïtiens formés au Mexique, qui sont de véritables ponts vivants entre nos sociétés.

2. Plus de partenariats culturels

Nos musiques, nos arts, nos traditions sont des trésors qui ne demandent qu’à dialoguer.

La culture rapproche là où la politique parfois hésite.

Qu’il s’agisse de cinéma, de littérature, de peinture, de musique, de théâtre,
nous pouvons imaginer des saisons croisées, des festivals binationaux, des résidences d’artistes.

3. Une coopération économique repensée

Nous devons faire vivre pleinement le potentiel de l’APPRI.

Le Mexique, puissance industrielle, agricole et technologique,
et Haïti, nation à la créativité intense, au capital humain jeune et au potentiel caribéen unique,
peuvent bâtir ensemble des projets dans :

  • l’agro-transformation, afin d’augmenter la valeur ajoutée produite en Haïti ;
  • les énergies renouvelables, indispensables dans un pays vulnérable au changement climatique ;
  • l’économie bleue, un espace où Haïti et le Mexique possèdent une expertise complémentaire ;
  • la formation professionnelle, pour répondre aux besoins du marché du travail des deux pays ;
  • l’innovation numérique, domaine où des partenariats universitaires et privés peuvent voir le jour.

L’objectif est clair :
passer d’une logique d’assistance à une logique d’investissements, de partenariats, de co-entreprises,
où chaque projet crée de la dignité, de l’emploi, de la croissance et de la stabilité.

4. Une alliance pour la résilience climatique

Nos deux pays connaissent :

  • la violence des ouragans,
  • la montée des eaux,
  • les pluies torrentielles,
  • la dégradation des sols,
  • la vulnérabilité des populations côtières.
  • La violence des gangs
  • Une migration vers le nord a la recherche de nouvelles opportunités

Il nous faut donc, toute proportion gardée, une alliance ambitieuse autour de :

  • la prévention des risques,
  • l’urbanisme durable,
  • la gestion des catastrophes,
  • la protection des littoraux,
  • l’innovation écologique adaptée à nos réalités tropicales,

Haïti et le Mexique peuvent devenir un pôle régional de résilience climatique,
en associant leurs chercheurs, leurs techniciens, leurs ingénieurs, leurs armées, leurs universités.

5. Une diplomatie conjointe pour la paix et la dignité humaine

Le monde a besoin de voix capables de dire que :

  • la solidarité n’est pas naïveté,
  • la souveraineté n’est pas l’isolement,
  • la coopération n’est pas une faiblesse,
  • la stabilité internationale repose sur l’égalité des peuples.

Permettez-moi, à ce stade de ma réflexion, d’élargir encore le cadre de notre discussion.
Car si la coopération entre Haïti et le Mexique constitue l’un des piliers les plus solides de notre diplomatie contemporaine, elle ne doit pas nous empêcher d’explorer d’autres horizons.
Aujourd’hui, pour se reconstruire, pour se renforcer, pour se projeter durablement dans l’avenir, Haïti doit choisir résolument la voie de l’ouverture, une ouverture plus large, plus diversifiée, plus audacieuse.

Il nous faut désormais développer de nouvelles formes de coopération avec des régions qui jouent un rôle croissant dans l’équilibre mondial :
l’Asie, avec son dynamisme technologique et industriel ;
le Moyen-Orient, avec ses capacités financières et ses nouveaux modèles de développement ;
l’Afrique, avec laquelle nous partageons une histoire profonde et un avenir culturel, économique et stratégique à bâtir ;
sans oublier les organisations internationales et les institutions multilatérales où Haïti peut et doit davantage faire entendre sa voix.

Dans cette perspective, je veux saluer l’initiative du chancelier Harvel Jean-Baptiste,
qui a commencé à poser les premiers jalons d’une diplomatie haïtienne modernisée, proactive, diversifiée :
l’ouverture de nouvelles missions,
la recherche de nouveaux partenariats,
l’établissement de contacts stratégiques dans plusieurs régions du monde.

Ce mouvement est essentiel.
Il marque un tournant : celui d’une Haïti qui ne regarde plus seulement vers son passé ou vers sa région immédiate,
mais qui affirme son droit  et son devoir d’être présente dans les espaces où se décide l’avenir,
qu’il s’agisse de sécurité, d’innovation, de climat, de commerce, ou de transformation sociale.

Haïti ne doit pas s’enfermer : elle doit s’ouvrir.
Haïti ne doit pas se recroqueviller : elle doit rayonner.
Et cette ouverture, loin d’affaiblir nos alliances traditionnelles, les renforce en nous donnant plus de poids, plus de crédibilité et plus de capacité d’action.

Commme nous le disions auparavant Haïti et le Mexique peuvent être ensemble, dans les foras régionaux et mondiaux, des artisans de ponts, dans un monde qui se complaît trop souvent dans les murs.

Le Mexique, par sa doctrine de non-ingérence et d’autodétermination,
et Haïti, par son histoire fondatrice de liberté universelle,
peuvent porter un message diplomatique clair :
“Aucune paix durable ne peut s’imposer sans justice, sans dignité, sans respect des peuples.”:

Conclusion historico-diplomatique tournée vers les résultats et l’avenir.


Mesdames et Messieurs,

Chers etudiants et jeunes diplomates

Lorsque nous regardons ces 195 ans d’histoire,
nous voyons une succession de combats, de drames, de solidarités, d’exils, de reconstructions,
mais surtout, nous voyons une permanence diplomatique :
celle d’une amitié qui n’a jamais cédé aux facilités du moment.

Le Mexique a été pour Haïti :

  • un refuge dans les heures noires,
  • un partenaire dans les heures difficiles,
  • un allié dans les heures décisives.

Haïti, de son côté, a offert au Mexique :

      . un soutien pour son independance quand le general Martin Javier Mina est venu chez nous en Haiti voir le President Petion pour solliciter un soutien d’Haiti pour l’independence de son pays vis a vis de l’Espagne…….

  • des penseurs,
  • des universitaires,
  • des artistes,
  • des citoyens engagés
    qui ont marqué durablement la vie intellectuelle mexicaine.

Nous sommes réunis aujourd’hui non pour contempler le passé,
mais pour en tirer une responsabilité.

Car l’histoire ne nous excuse de rien.
Elle nous oblige.

Elle nous oblige à produire des résultats concrets :

  • plus d’étudiants haïtiens et mexicains formés ensemble,
  • plus d’investissements qui créent des emplois durables,
  • plus de coopération militaire au service de la protection civile,
  • plus de coordination diplomatique fondée sur la souveraineté des peuples,
  • plus d’initiatives partagées pour répondre au défi climatique,
  • plus de programmes pour intégrer dignement les migrants,
  • plus de projets culturels qui rapprochent nos imaginaires.

Elle nous oblige aussi à ne jamais céder à la résignation,
ni à la fatalité,
ni aux discours qui opposent les peuples au lieu de les rassembler.

Car si 195 ans d’histoire diplomatique nous apprennent une chose, c’est bien celle-ci :

Toutes les fois où Haïti et le Mexique ont coopéré,
les deux peuples ont avancé.

Toutes les fois où la souveraineté a été respectée,
la stabilité a progressé.

Toutes les fois où la connaissance a circulé,
la compréhension mutuelle s’est élargie.

Aujourd’hui, alors que nos nations font face à des défis immenses,
nous avons besoin d’une diplomatie qui résout, qui protège, qui construit.

Une diplomatie qui regarde l’avenir,
mais qui n’oublie jamais ce que nos deux pays représentent dans les Amériques :
l’un, l’idée fondatrice de liberté ;
l’autre, la défense tenace de la souveraineté et de l’égalité des peuples.

Haïti et le Mexique,
ensemble,
peuvent offrir au continent une voie alternative,
faite de respect, de coopération et de dignité.

195 ans… et ce n’est pas un aboutissement.
C’est un commencement.

Un nouveau chapitre s’ouvre :
celui d’une relation plus stratégique,
plus structurée,
plus ambitieuse que jamais.

Puissions-nous l’écrire avec la conviction que les prochaines décennies seront plus fécondes que les 195 premières.

Vive l’amitié entre Haïti et le Mexique.
Vive la coopération entre nos deux peuples.
Vive la souveraineté et la dignité des nations.

Je vous remercie.

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