Le Commandant de l’unité de sécurité générale du palais national, Dimitri Hérard donne sa version des faits concernant les événements qui se sont déroulés dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 au cours desquels le president Jovenel Moise a été assassiné par un commando armé en sa résidence à Pèlerin.
Dans son rapport daté du 10 juillet 2021, adressé au Commissaire divisionnaire, Jean Laguel CIVIL, Coordonnateur de la Sécurité Présidentielle, Dimitri Hérard affirme avoir reçu à 1h39 am, un appel du Président de la République l’informant qu’il est grand danger et de lui envoyer de l’aide immédiatement…
Cependant ces hommes et lui allaient buter sur des individus lourdement armés non loin de la résidence du chef de l’Etat…
Dimitri Hérard a été placé en isolement . Il fait l’objet d’une interdiction de quitter le pays, alors que Jean Laguel Civil a été arrêté dans le cadre de l’enquête ouverte sur l’assassinat du président Jovenel Moise.
Nous publions le rapport dans son intégralité
Au Coordonnateur de la Sécurité Présidentielle. CD Jean Laguel CIVIL.
Du Commandant de l’Unité de Sécurité Générale du Palais National (USGPN). CM Dimitri HERARD.
Objet: RAPPORT DU COMMANDANT DE L’UNITÉ DE SÉCURITE GENERALE DU PALAIS NATIONAL SUR LES JOURNÉES DU 6 AU 8 JUILLET 2021
Relevé des appels téléphoniques de mon téléphone pendant la nuit du 6 au 7 juliet
Le 7 juillet 2021, à 1h35 AM, je reçois un appel du Coordonnateur de la Sécurité Présidentielle, le Commissaire Divisionnaire, Jean Laguel Civil. Ce dernier m’informe qu’il a reçu un appel du Président de la République, SEM Jovenel Moise, lui expliquant qu’il avait entendu des détonations dans la zone de chez lui et que je devais envoyer un renfort sans perdre de temps. J’ai immédiatement tenté d’appeler le Chef des Opérations de l’USGPN, l’inspecteur Divisionnaire Jacques Sincère, qui était injoignable au téléphone.
Entre temps, à 1h39 AM, je reçois un appel du Président de la République qui me dit qu’il est en difficulté et de lui envoyer de l’aide immédiatement. De là, je saute m’équiper et j’appelle mon
chauffeur, l’agent 1 Jean Richardson Selius, à 1h41 AM pour qu’il puisse passer me récupérer chez moi à Péguy Ville pour me rendre chez le Président, ce qui lui a pris très peu de temps puisqu’il sortait de Delmas 95. Navant pu trouver l’inspecteur Divisionnaire Jacques, j’appelle mon assistant Ronel Chery pour lui intimer l’ordre d’envoyer en urgence le maximum de renfort possible en la résidence du Président de la Republique parce que ce dernier est en difficulté chez lui.
Alors que j’étais en route pour la résidence du Président, à 1h46 AM je reçois un appel d’un Inspecteur de l’Unité de Sécurité Présidentielle (USP), communément appelé Gros M qui me dit qu’il a oui dire qu’il y avait beaucoup de détonations du côté de la résidence du Président. Je réponds que je suis déjà en route.
Toujours à 1h46 AM, vu que l’appel précédant n’ayant duré que quelques secondes, je reçois l’appel du Coordonnateur de la Sécurité Présidentielle à qui j’ai donné un rapport verbal de ma position; mon chauffeur et moi étions déjà légèrement avant l’entrée de Pelerin 3.
Arrive à l’entrée de Pelerin 3, une Pick-Up de couleur blanche du Commissariat de Pétion Ville était de travers sur la route, des agents de police administrative en position d’abris au sol, pointant vers l’entrée de Pelerin 3. Après m’être identifié, ils m’ont expliqué qu’ils étaient en route pour chez le Président suite à l’alerte donnée et qu’ayant remarqué une Toyota Prado de couleur beige paressant suspecte à l’entrée de Pelerin 1, ils se sont arrétés pour vérification.
Selon ce qu’ils m’ont dit, il y avait à bord à peu près 4 personnes qui ont pris la fuite à la vue des policiers. Ceci m’ayant ralenti, l’inspecteur General, Vladimir Paraison, accompagné d’autres personnes, me rejoint, je m’identifie également aux policiers et nous reprenons ensembles la route pour la résidence du Président, mon chauffeur et moi dans mon véhicule Toyota Land Cruiser Grise immatriculé DM-01108 et lui dans son véhicule Chevrolet Tao de couleur noire.
Arrivés à environ 30 mètres du poste de CIMO se trouvant à l’entrée de l’impasse où se situe la résidence du Président, plusieurs hommes habillés en noir, avec des bottes jaunes et lourdement armés nous ont intimé l’ordre de reculer. Simultanément, une voix masculine n’arrétait pas de répéter avec un porte-voix This is a DEA operation Sa a se yon Operasyon DEA Nou pa bezwen panike. Etant inferieurs en nombre, ne connaissant pas leur magnitude (nombre d’hommes, nombre de véhicules, nombre et calibre d’armes…) et SURTOUT, étant conscient de la possibilité que le Président soit avec eux et, le cas échéant, ne voulant pas le mettre en danger, nous nous sommes engagés à faire marche arrière. A ce moment, arrivèrent 2 pick-up de l’USGPN auxquels j’ai ordonné un repli tactique jusqu’à l’entrée de Pélerin 5, le temps d’avoir de plus amples information sur la situation afin de pouvoir réorganiser ma défense
Alors que nous faisions marche arrière, les hommes en noir avançaient vers nous, la plupart déployés au sol. Entre temps j’essale, sans arrêt, d’appeler le Président et la Première Dame, ainsi que le plus haut gradé de l’USGPN se trouvant en la résidence du Président, l’inspecteur Bastien Conrad, personne ne répondait. Peu de temps après, l’impecteur Conrad m’expliqua qu’il était dans l’impossibilité de répondre parce qu’il avait été maitrisé.
A 2h00 AM, je reçois un coup de fil du Coordonnateur de la Sécurité Présidentielle qui me demande un rapport de la situation, alors qu’il est en route. Je lui explique que des hommes fourdement armés, se faisant passer pour des agents de la DEA auraient captivé le président de la République. Sur ce, il me demande de leur bloquer le passage. Je décide donc de replier au niveau de l’hotel Kinam et de mettre au travers de la rue, au pied de la route de Kenscoff, 2 pick up de l’USGPN pour empêcher leur avancement ou la possibilité pour eux de s’enfuir. Pour avoir une meilleure idée de ce qu’ils représentaient en termes d’effectif, matériels et équipements, je demande à 3 des agents qui étaient arrivés en renfort d’aller se percher au niveau de Pelerin 4 de manière à pouvoir les contrôler à leur passage et me donner des informations opportunes, il s’agissait de l’agent 1, Toussaint Dulce, l’agent 2 Merise Georges Widef et l’agent 2 Fabre Jameson qui malheureusement, ont été kidnappés par les hommes en noir qui les ont repérés
Entre temps, le Directeur General de la PNH, le Directeur Central de la Police Judiciaire et le Directeur Central de la Police Administrative arrivent sur les lieux, devant le commissariat de Petion-Ville, prenant donc les commandes de la situation.
Ce n’est que vers 3h AM et quelques minutes ayant été informé de la mort du Président et de la blessure grave de la Première Dame par le Directeur Général de la Police Nationale d’Haiti, Commandant Léon
Charles, que je fus certain que les assallants n’avaient pas le Président en main. C’est à ce moment que les planifications et préparatifs commencèrent avec les autres corps de la police pour l’assaut qui a eu lieu vers 2h PM et qui a mené à l’arrestation de 2 hatiens américains, la mort de 3 colombiens et la libération des 3 otages. Les 3 otages liberés nous ont informés que les assaillants étaient au nombre de 28. Il est à noter que pendant tout ce temps, les mercenaires n’avaient curieusement jamais bougé de leur position au pied de la route de Kenscoff, au barrage que j’avais fait ériger. Le lendemain, 8 juillet 2021, nous avons procédé à l’arrestation de 11 personnes à l’ambassade de Chine (Taiwan).
Dimitri Hérard


