Crise politique : Le cri d’alarme d’un groupe de grands patrons haïtiens

Dans  un communiqué rendu public le vendredi 26 Aout 2022, vingt entrepreneurs haïtiens parmi les plus importants du pays appellent les  acteurs économiques et politiques à jouer leur partition, en privilégiant l’intérêt national pour sortir le pays du bourbier.

Nous publions  dans son intégralité la note  du « Regroupement patronal haïtien.

Les soussignés, tous membres du secteur patronal haïtien, dûment préoccupés par la détérioration sans précédent de la situation socio-économique et des conditions de vie de l’immense majorité de nos concitoyens, sommes interpellés par notre devoir patriotique de rappeler aux protagonistes économiques et politiques de notre pays leurs impérieuses obligations de privilégier l’intérêt national et de mettre fin à leurs tergiversations.

Nous devons tous être conscients que la faillite actuelle est collective et que le redressement passe par un engagement de tous. Notre premier appel en ce sens sera vers les femmes et hommes d’affaires de notre pays relatif au respect scrupuleux de leurs responsabilités fiscales et légales, de l’observance de saines pratiques commerciales, de transparence et de concurrence loyale et à l’abandon de comportements malsains, préjudiciables à la collectivité.

Notre second appel s’adresse à nos gouvernants : il est vital et urgent que les autorités fiscales s’acquittent, de façon célère et efficace, de leur responsabilité de collecte des droits de douane et impôts et du devoir de faire respecter les lois et règlements établis. La mobilisation significative de ressources financières, qui devrait normalement en découler, se fera en bonne part au profit de la Police nationale d’Haïti (PNH). Ainsi elle sera en situation morale et matérielle de remplir plus efficacement son rôle de maintien de l’ordre et d’éradiquer la gangstérisation croissante du pays, qui affecte la libre circulation des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire, et, au premier chef, les couches les plus défavorisées de la population tout en étant un des facteurs d’appauvrissement de notre classe moyenne. Il demeure toutefois entendu que l’action attendue de l’État exige une gestion saine des deniers publics.

Les soussignés se doivent également de lancer un troisième appel patriotique et pressant aux protagonistes politiques afin de se transcender en consentant chacun et chacune les sacrifices qui s’imposent pour se mettre d’accord sur une solution équitable et transparente à l’impasse politique actuelle.

L’heure est grave et exige que les acteurs cessent de remettre sur le tapis des questions qui provoquent les mêmes désaccords et aboutissent aux mêmes échecs. Aucune des parties en conflit n’a la légalité ni la légitimité requise pour faire prévaloir sa thèse. Le pays ne peut plus être pris en otage par des intérêts politiques partisans. Il incombe donc à la classe politique  de trouver un consensus autour de deux thèmes fondamentaux :

1) la lutte contre la terreur que sèment les bandes armées et le rétablissement de la sécurité des vies et des biens dans le pays.

2) le retour à l’ordre constitutionnel suite à la mise en place de structures garantissant un processus électoral crédible et acceptable pour tous les partis dont la condition sine qua non est un terrain nivelé afin que tous les candidats aux postes électifs à tous les niveaux aient les mêmes chances. Dans cette optique, les soussignés estiment nécessaire qu’une réflexion sincère et objective sur les règles du jeu politique soit incluse au menu de cette transition, incluant l’opportunité de revoir en profondeur certaines dispositions de notre loi-mère.

Il serait important que tous les citoyens qui se retrouvent au cœur de ce cri d’alarme adhérent à cette démarche en dénonçant l’immobilisme inacceptable dans lequel se complaisent aujourd’hui les acteurs politiques, lequel immobilisme contribue à l’aggravation de l’insécurité.

Une fois un gouvernement démocratiquement élu, les soussignés et leurs collègues du secteur privé qui sont appelés à les rejoindre resteront disposés pour débattre des grandes réformes structurelles devant conduire à une gouvernance moderne qui répond finalement aux besoins de la population.

Fait à Port-au-Prince le 23 Août 2022

Le texte est paraphé par :

René-Max Auguste,  Edouard Baussan,  Pierre-Marie Boisson, Gérald Bourguignon, Stephan Coles, Eddy Deeb, Yonel Elizée, Raina Forbin, Peter Frisch, Geoffrey Handal, Jean Marc Lebrun, Harold Marzouka Jr, Laurent Saint Cyr, Jair Saint Louis, Mathieu Villedrouin, Jacques Villejoint, Ralph Edmond, Raymond Jaar, George Cassis, Marc Emile Echema.

 

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